L’humidité du tas se répartit mieux, les parties sèches de la périphérie se retrouvent au centre et celles trop asphyxiées par l’eau viennent s’égoutter au sommet, le long de l’arrête et sur les pentes. Le soleil, plus haut, perce l’alignement des peupliers permettant qu’une très légère vapeur se dégage. Gibier d’eau, veau, faisan peuvent se retrouver à chaque bouchée, et ce d’autant plus que la totalité de la bête est comestible.
Chaque partie est préparée par Florine en vue d’une consommation immédiate. La situation de la maison dans ce gros bourg permet les approvisionnements les plus variés tandis que le fond du jardin donne sur les terres, puis sur une campagne de tous temps fertile et nourricière. De chaque région de France sont importés les ingrédients les plus représentatifs. Piment, ail, sel, sont des lieux, Espelette, Lautrec, Guérande, qui attendent de participer au Grand Tout sur l’étagère de bois sombre. Là: moins de veinules et point de sillons encrassés, le grain fin et serré du merisier resplendit et rougeoie sous les passages répétés et caressants de la main parfois mouillée de Florine. La cire d’abeille appliquée à l’occasion renouvelle, comme dans le long tas de compost à section triangulaire, les noces du Végétal et de l’Animal.
Ainsi, s’il est né là grâce à Touze, si celui-ci de sa fourche refait le lit chaque jour au même endroit pour le même confort ; s’il est d’ici tant qu’il est en vie, c’est bien grâce à Florine qu’il sera de tous les ailleurs une fois en bouche !
L’étagère en merisier retrouve son rouge sous les caresses des mains humides de Florine. Rouge comme la vie dans les noces du végétal et de l’animal où Florine range l’ailleurs à portée des yeux comme quand on commence à toucher le rêve… À le sentir prendre vie dans sa métamorphose…
Catherine
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C’est au fumier , aux déjections de la bête donc, au rapport solide/liquide que Touze évalue la croissance de son cochon. Et quand je dis « croissance », j’emploie une généralité qui ne peut convenir. Je devrais parler d’ « estomac », de cette grande machine organique qui malaxe, nourrit, répartit, rejette, infuse, distille, liquéfie, solidifie tout ce qui pénètre en elle.
Le grand régisseur de cette usine, c’est Touze : il veille à ce que l’estomac ingurgite ce qu’il faut et en vérifie les effets sur le fumier, pour qu’il soit le plus fluide possible, le plus savamment équilibré. Que la fourche retourne le tout pour qu’il soit léger et réparti à la perfection.
Du manche de la fourche on passe à l’étagère : même essence-le bois-, même texture mais moins brute : les veinules ne sont plus « comblées de sédiments, sébacés et squameux », elles sont en moindre nombre, moins encrassés. Le grain du merisier est même « fin et serré ». On passe du grossier au polissé, de la grange à la cuisine…
Et Florine entre en scène : elle n’est plus la servante maintenant.
Elle est le régisseur elle aussi, d’un autre estomac : la cuisine. Sa main mouillée brique tout, et fait ingurgiter à cet espace tous les épices, tous les ingrédients qui viennent de France, et tout peut « s’évacuer »sur le jardin, devant des terres fertiles et nourricières… Et de sa « main mouillée », de « la cire d’abeille » qu’elle passe et repasse sur l’étagère en merisier dépend « l’humidité du tas,ses parties sèches ». Osmose totale, tautologie ?
Entre la grange et la cuisine, entre ces deux « estomacs » , c’est une histoire d’amour, d’attention, de « délicatesse »… Pour quoi ? Pour œuvrer au Grand Tout …Ah oui ? Et c’est quoi ce grand Tout ? Des noces entre le Végétal et l’Animal ? Seulement ?
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