Touze 8

Pour l’eau du café prévu après le déjeuner de ce jour dont on espère tant on se sert des larmes les plus pures, celles de la tombée du soir, de l’heure où les biches pleurent et où les humains peuvent être étreints par l’air, simplement, autour d’eux.
Cinq repas sont prévus ce jour d’automne, cinq repas d’émotions culinaires inattendues, tentatives de préhension du monde. Une allumette craque et porte sa flamme à quelques feuilles de papier journal dépliées puis froissées en boule, en réponse à l’air chargé d’humidité. Les brindilles de frêne, phalangettes décharnées aux ongles noirs, par leur enchevêtrement appellent l’air, et les flammes commencent mystérieusement à les habiter en certaines places comme désignées d’avance. Une fumée bleutée s’échappe de la cheminée, la pièce embaume alors une odeur de toujours, immémorial préalable à la chaleur, aux grillades et aux mijotements. Le porcelet-concrétion n’est plus depuis trois jours. Après avoir tant transformé il l’est à son tour.

2 Comments

  1. Boire du café fait d’eau de larmes pures…
    Wahoooou… Mais il est poète notre Touze !!!
    Et l’auteur le m’sieur Pierre z’avez vu chers lecteurs comme il nous parle de l’étreinte de l’air ?
    On se croirait en apesanteur comme chez la belle Ossiane dans sa dernière note.

    « Cinq repas d’émotions culinaires inattendues »…
    Dites m’sieur Pierre, c’est vous que les grands chefs attendent pour leur promo !
    Comment résister ?
    Vrai que votre métier est dans la bouche mais quand même que de frissons vous nous donnez !
    Juste avant d’évoquer le feu de cheminée, c’est fort !
    Dites, les flammes, elles ont lu Goethe aussi ?

    La chaleur est douce aujourd’hui chez vous, douce comme une transition ?
    « Après avoir tant transformé il l’est à son tour »
    Z’avez le sens du suspens vous au moins ! Vous qui nous donnez douceur et envie juste avant !
    Catherine

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  2. Trois saisons, il aura fallu trois saisons à Touze pour enfin savourer ce porc concrétion.

    Trois saisons pour cinq repas, cinq comme les cinq doigts de la main.
    Cinq repas que Touze attend, et nous aussi.

    Cette célébration appelle le feu, pour diffuser la chaleur et « une « odeur de toujours ». Celle qui réconforte.

    Il y en a eu un pour célébrer la petite Madeleine, odeur à jamais gravée pour lui. Il y en a un autre pour faire entrer dans nos têtes à tous une odeur « immémoriale », celle qui vient de la nuit des temps.

    De Lucy à Touze la leçon est claire: une intelligence et une force de vie.

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