Le regard se porte encore un peu plus vers la droite pour une dernière phrase, un peu plus compliquée, avant le grand saut.
Avec cette fois des tirets s’ouvrant dans d’autres tirets et, surtout – du rarement vu – une paranthèse qui ne se refermera que plusieurs lignes après dans la phrase suivante, celle à laquelle nous nous préparons.
Elle, « la fille malingre » dont il est question, c’est toujours Rosa Coldfield, qui, âgée de 74 ans, convoquera au début du livre le jeune Quentin Compson – 19 ans – afin de lui raconter sa version de l’histoire. Lui, c’est Thomas Sutpen, le pivot autour de qui tourne toute cette histoire s’étendant sur quatre-vingts ans.
« Probablement ne la regarda-t-il même pas deux fois pour la comparer, la mesurer, à sa propre famille et à ses enfants – cette fille malingre, dont les pieds, même lorsqu’elle aurait grandi, ne toucheraient jamais le plancher, fût-elle assise sur ses propres chaises, celles dont elle hériterait – tout comme celles – ainsi que d’autres objets – qu’elle accumulerait comme complément et expression du caractère individuel, comme on le voit faire aux gens – pour la comparer à Ellen qui, bien qu’étant elle aussi faiblement charpentée, était ce qu’on appelle dodue (et qui, si sa vie ne se fût terminée à une époque où les hommes eux-mêmes n’avaient pas de quoi manger et que la fin de ses jours eût été exempte de tracas, aurait été vraiment dodue. »
(À suivre)
Absalon, Absalon!, W. Faulkner traduit par R.-N. Raimbault.
Très beau graphisme !
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Oui Myriam. Vigoureux et souple à la fois.
Et peut-être un peu plus qu’un graphisme. Un début de langage?
En tout cas quelque chose d’abouti.
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