Sarrasine in Istanbul

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« Le jeune Sarrasine, confié de bonne heure aux jésuites, donna les preuves d’une turbulence peu commune. Il eut l’enfance d’un homme de talent. Il ne voulait étudier qu’à sa guise, se révoltait souvent, et restait parfois des heures entières plongé dans de confuses méditations, occupé, tantôt à contempler ses camarades quand ils jouaient, tantôt à se représenter des héros d’Homère. Puis, s’il lui arrivait de se divertir, il mettait une ardeur extraordinnaire dans ses jeux. Lorsqu’une lutte s’élevait entre un camarade et lui, rarement le combat finissait sans qu’il y eût du sang répandu. S’il était le plus faible il mordait. Tour à tour agissant ou passif, sans aptitude ou trop intelligent, son caractère bizarre le fit redouter de ses maîtres autant que de ses camarades. Au lieu d’apprendre les éléments de la langue grecque, il dessinait le révérent père qui leur expliquait un passage de Thucydide, croquait le maître de mathématiques, le préfet, les valets, le correcteur, et barbouillait tous les murs d’esquisses informes. »

Sarrasine, Honoré de Balzac, (Scènes de la vie parisienne).

2 Comments

  1. Bien vu! Très belle et juste adéquation entre le texte et le tag! Etes-vous sûr que Sarrasine n’avait pas une descendance qui aurait laissé son empreinte sur la feue Constantinople?
    Je suis foldingue de ces courts récits balzaciens, ciselés, riches et toujours profonds. Car Sarrasine, n’est-ce pas l’impossibilité de résoudre masculin et féminin, et puis le mythe de Pygmalion revu et corrigé?
    Je suis toujours si content de lire du Balzac et sur un blog, c’est encore plus… saisissant! Vive Blazac!

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